//////// .du pommier, il ne tombe pas des poireS ////////

Du pommier, il ne tombe pas des poires, livre collectif, illustrations de Bryan Beast, Albert Foolmoon, Dav Guedin, Pole Ka, Nadine Grenier, Emilie Ringlet, Laura Schneider, Jean-Jacques Tachdjian, Miroslav Weissmuller, 36 pages, 175*200 mm, 07€, ISBN : 978-2-9558623-4-6.

Ce livre est un recueil d'expressions serbes illustrées, par neuf talentueux illustrateurs.

On y retrouve Dav Guedin des Frères Guedin pour l’illustration de l’expression Se noyer là où sa grand-mère pisse. Il est resté sur le premier degré pour cette expression qui signifie Mentir.
Comme il n'a plus de grand-mère, il a choisi de la faire pisser du ciel, là où les grands-mères se trouvent, à moins qu’on lui ait menti sur la vie après la mort.
Pour l’illustration de l’expression Qui a été mordu par le serpent craint aussi les lézards, il a imaginé une secte religieuse où la vierge est victime.
La perfidie du prêtre est bien représentée sous les traits du serpent, et peut s’étendre à d’autres animaux à sang froid comme le lézard.
Il a délibérément choisi de ne pas coller à la signification des expressions mais plutôt à ce qu’elles lui inspiraient.

Au delà de ses allures saugrenues et surréalistes, le concept d'expressions évoque pour Bryan Beast un univers nostalgique, suranné, vieillot mais charmant. Il a donc choisi une esthétique de vieille réclame publicitaire, ou de couverture de romans d'aventures pour les illustrer, mise en valeur par des éléments typographiques plus modernes.

Faites du bien au diable, il vous donnera l'enfer en récompense, c'est déjà adhérer à la doctrine sataniste, et au catholicisme de fait. Albert Foolmoon a imaginé une société où le diable serait le dieu, avec ses adeptes, et un enfer où ils seraient devenus des insectes dévorés par un monstre chevelu.
Le loup change de poils mais pas d'esprit lui a fait penser à l'expression Dog-eat-dog, le dessin se lit dans les deux sens : D'un loup sort un loup d'où sort un loup, mais aussi chacun mange l'autre.

Tandis que Laura Schneider a souhaité représenter le cliché de la vieille dame entourée de ses trois incontournables et fétiches, son chien miniature, sa cuillère et son dentier.
On l’entend d’ici nous dire avec assurance Vous savez, de mon temps …, car On n’apprend pas aux vieux comment manger les oeufs.
Pour l’illustration Cochon 100 kilos, 200 kilos saindoux qui signifie Mentir, elle a choisi d’illustrer un cochon au nez allongé symbolisant Pinocchio. Les plaques de saindoux gravitant autour de lui montrent combien de mensonges peuvent sortir d’une seule personne et combien certaines paroles peuvent blesser bien plus qu’un coup de couteau.

Ensuite, Nadine Grenier a illustré Mange la merde !, une sorte de Va te faire voir.
Le lecteur est touché de plein fouet par une bouche qui crie l’expression Mange la merde !
Un message percutant avec les lettres-étrons intégrées dans les lèvres. Et une pluie de points d’exclamation-étrons sortent de la bouche… tels des postillons pour donner le ton.

Par les vides et les pleins de ses dessins, Emilie Ringlet a voulu illustrer l'expression signifiant On ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué en racontant en bande-dessinée l’histoire d’un homme qui croit que tout lui est acquis, et qui redescend à sa place d’un coup.
Pour la seconde expression, elle a voulu montrer l'indépendance du mouton qui veut suivre un chemin alors que l’on essaye de l'obliger à en suivre un autre.

Par la suite, Jean-Jacques Tachdjian nous emmène par des lignes folles et un aspect géométrique, dans un univers gris de collages numériques, fait de gros plans, de symboles (les clous), avec un personnage rétro.

Pole Ka livre deux illustrations littérales, exacerbant l’aspect grotesque des deux expressions, tout en évoquant une imagerie ancienne faite de vieilles gravures. L’une n’est pas sans faire référence à L’origine du Monde de Gustave Courbet, tandis que l’autre peut rappeler les oeuvres de certains primitifs flamands.

Enfin, ayant opté pour une interprétation graphique littérale des proverbes, Miroslav Weissmuller présente un bestiaire fantastique évoluant dans des décors immémoriaux, aux confins de l'abstraction.

Là-dessus, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture !