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La Cinquième Saison, roman, texte de Vedrana Donic', 206 pages, 110*180 mm, 07€, ISBN : 9782952844277.

Une Juliette fantasque. Un Roméo contrebassiste.
Juliette emménage dans une nouvelle ville. Après une déprime, elle rencontre Roméo.
Nous suivons le quotidien de Juliette, puis celui du jeune couple. Ensemble, ils découvrent petit à petit leurs voisins : Une espèce de concierge pénible avec des pinces de crabe à la place des mains, Monsieur Pas de Publicité SVP qui porte un smoking et des fleurs tous les jours, l'homme à la tête en forme de tableau, Vingt Mille Cent Douze qui noie son chagrin dans le bar du coin, Bob le distributeur de préservatifs, Bonnie et Clyde...
Évoluant dans un univers surréaliste, les amoureux essayent de comprendre la vie et les soucis de leurs étranges voisins.

Le récit est ponctué par certaines chansons qui apparaissent telles des musiques d'ambiance (Cat Power, Charles Mingus, Henri Mancini etc...), et fait référence à certains contes populaires (Pinocchio, la Belle et la Bête, le Petit Poucet, le Petit Chaperon Rouge etc...).

Un roman poétique, absurde. Un brin d'érotisme. Un regard féminin. Un humour décalé.
Extraits :

---->Le corps de Juliette était devenu la ville de Roméo. Il promenait son regard sur le paysage, balayait des yeux le lac de sa chevelure, se baladait sur la grande avenue de sa nuque, prenait le temps de déjeuner sur la terrasse de son torse, s’abritait à l’ombre dans son nombril pour y faire une petite sieste, passait la porte du plaisir et en goûtait le fruit velouté, puis il admirait la fontaine. Il prenait ensuite un virage à gauche, sillonnait de sa main la courbure de son bassin, visitait lentement, descendait et arrivait à une impasse, infranchissable avec une muraille autour. Alors il la survolait, et remontait pour poster une lettre de mots doux à l’angle de son oreille, parcourait le tour de son visage en sautillant au-dessus de ses grains de beauté, se désaltérait à la source de ses lèvres, pendant que ses doigts lisses coulaient le long du boulevard de ses hanches. Il rebroussait chemin, gravissait la colline de ses omoplates, prenait un grand tournant, grimpait la montagne de ses seins
avec sa bouche, arrivait au pic de son téton, le contournait avec sa langue, y reposait sa tête quelques instants, s’y installait enfin de compte, et y dressait son temple.


---->Elle habitait une rue piétonne, calme la nuit, active durant la journée. Dans une rue perpendiculaire, il y’avait un marchand de confiseries et de glaces qu’elle avait de suite repéré. C’était une ville qui apprivoiserait Juliette, et non une de ces villes que l’on apprivoise. Juliette aimait cette ville, son insolence, son impatience, son impudence, l’anonymat qu’elle offrait, et le temps pluvieux qu’il y faisait.

---->Si elle inspirait, il expirait. Si elle se cognait le genou, il avait un bleu. Si elle mangeait un piment, il avait la gorge en feu. Si elle avait froid, il avait un frisson. Si elle était enrhumée, il éternuait. Si elle se penchait à la fenêtre, il avait le vertige. Elle était amoureuse et il avait le cœur qui battait.

---->C’était comme un jardin naturel foisonnant de fleurs et plantes tropicales qu’on aurait laissé pousser en liberté sous le soleil poudroyant de l’Équateur, une petite jungle particulière à son logement qui prospérait dans cette déferlante bordélique. Lorsque Juliette rangeait, vêtue seulement d’un vieux maillot et d’une petite culotte, le désordre revenait toujours comme une marée amenant et abandonnant au bord de la plage de nouveaux coquillages et de nouvelles épaves qu’elle croyait disparues depuis longtemps. Le parquet tapissé d’objets, attrapait les objets de ses doigts bruns, les ramenait contre son torse, les engloutissait en sa bouche, et d’un geste brusque les repoussait et les abandonnait au large. Les tentures indiennes couvrant les murs assourdissaient le bruit des vagues.

---->C’était un cirque à lui tout seul : Il se prenait pour un prestigieux magicien, alors que c’était un clown. De même, il se prenait pour le roitelet du bar, alors que c’était un simple bouffon, voire la plus grosse pouffiasse du périmètre. Il lécha son petit doigt avec sa langue pour l’humidifier, et le passa ainsi sur sa moustache courte, comme pour la coiffer. Il s’approcha tellement de Juliette qu’elle se demanda s’il allait s’asseoir sur ses genoux. C’était une chose de plus dont Juliette n’avait pas besoin. Il l’alluma, elle le fuma et le grilla. Il commença à parler, et étrangement, n’entama pas la conversation en parlant de problèmes de calvitie ou de prostate :

« - Ca va Poupée ? dit-il le menton levé, en bombant le torse.
- Bien, merci…, répondit Juliette.
- T’es trop sexy quand tu manges des cacahuètes !
- …»


---->« Parfois, j’ai la tête lourde.
Parfois, les gens se plantent devant moi et me fixent avec insistance.
Parfois, des inconnus se posent des questions sur moi.
Parfois, on ne comprend pas ce que je veux dire.
Parfois, la lumière change, les couleurs de mon visage semblent disparates, et on me regarde différemment.
Parfois, on considère que je joue sur plusieurs tableaux.
Parfois, on essaie de me faire sortir du cadre.
Parfois, on me brosse des tableaux de la vie dans lesquels je ne me reconnais pas.
Parfois, dans les bars, les hommes me parlent fièrement de leurs tableaux de chasse.
Parfois, on me dit que je suis un tableau vivant.»


---->Juliette s’imaginait aisément qu’elle s’effondrait au moindre obstacle, qu’elle se laissait aller au fond de sa cuisine remplie de boîtes de conserve à réchauffer. Des raviolis, des choucroutes, et des cassoulets qui rendaient ses cheveux rêches.
Sa vie était devenue comme ces boîtes de conserves : Fade, sans saveur, qui donnait envie de vomir et filait la diarrhée.